Le Prix ICCROM 2007 :
Prof Katsuhiko Masuda
Laudatio
Quand l’Orient rencontre l’Occident !
8 novembre. Katsuhiko Masuda est né à Tokyo le 9 juillet 1942. Peu après l’obtention de diplôme d’études en agriculture en 1965 à la Tokyo University of Education, il travaille comme apprenti au Studio Endo Tokusuikenun, atelier privé spécialisé dans le montage et la conservation des peintures traditionnelles japonaises et des objets en papier. Sa formation en conservation et en techniques de montage traditionnel durera huit ans.
En 1975, Masuda-san entre à l’Institut national de recherche sur les biens culturels de Tokyo où il exercera en qualité de chercheur et de conservateur jusqu’à son départ à la retraite en 2000 ; c’est également en 1975 qu’est créée la section « Papier et textile » au sein du Département des techniques de restauration. Le premier directeur de ce nouveau département a été M. Tomokichi Iwasaki, qui a reçu le Prix ICCROM en 1986. Masuda-san succèdera ensuite à Iwasaki-san à la tête de ce département. Ils étaient non seulement collègues mais aussi amis et le fait qu’ils aient tous les deux reçu le Prix ICCROM ajoute une nouvelle dimension aux liens qui les unissent.
Dès ses premières années à l’Institut national de recherche sur les biens culturels de Tokyo, Masuda-san présente sa candidature pour participer au Cours sur la conservation des peintures murales de l’ICCROM. Ce sera son premier contact avec l’ICCROM et sa première expérience de la conservation dans un environnement international.
Son passage à l’ICCROM en 1976 constitue un épisode enrichissant et formateur qui lui a permis de nouer des contacts aussi bien avec les membres du personnel qu'avec les autres participants venus du monde entier, tout en côtoyant différentes cultures. Cette expérience lui a permis également de mieux comprendre la conception « occidentale » de la conservation et de la restauration, fort éloignée de la conception japonaise. Lors de son séjour à Rome, il constatera aussi que les méthodes de conservation japonaises sont très peu connues en « Occident ». Il lui vient alors l’idée de faire découvrir aux conservateurs occidentaux les méthodes orientales de conservation et de mettre en commun les expériences entre l’Orient et l’Occident.
Riche de son expérience romaine et de son séjour à l’ICCROM, Masuda-san crée un programme à son retour au Japon et, sur demande de l’UNESCO, il est envoyé à Rome par le gouvernement japonais dès 1981-82 pour organiser à l’ICCROM le premier cours sur « La restauration de l’art oriental sur papier ».
J’ai rencontré Masuda-san pour la première fois à l’ICCROM en 1982 alors que je participais au cours sur les principes scientifiques en conservation. Suite à ce cours, j’ai eu la chance d’assister également au cours de Masuda-san qui constitue l’une des expériences les plus significatives du début de ma carrière. Les magnifiques matériaux et outils japonais, mais aussi la prise de conscience que les techniques de la conservation pouvaient être acquises par la pratique et par l’observation, et non pas uniquement de façon théorique, comme nous y étions habitués en Occident, m’ont beaucoup influencée dans mon activité de jeune conservatrice et d’enseignante en conservation.
En tant qu’enseignant et chercheur, Masuda-san a toujours soutenu l’idée selon laquelle il est possible d’apprendre et d’adapter différentes mesures et techniques au « problème particulier » de la conservation-restauration. L’Orient et l’Occident peuvent et doivent apprendre l’un de l’autre : telle est la clé de la réussite.
Lorsque je suis retournée à l’ICCROM comme membre du personnel et coordinatrice de programme en 1986, l’une des priorités était de relancer le cours de l’ICCROM sur la conservation du papier japonais, non pas à Rome mais au Japon, dans l’environnement qui est le sien. Katsuhiko Masuda a joué un rôle central dans le développement et la réalisation de ce programme. A cette époque, H. Mabuchi était à la fois représentant du Japon à l’Assemblée générale de l’ICCROM et membre du Conseil. C’est grâce à son soutien et à ses efforts que le cours a pu avoir lieu au Japon. Depuis, Masuda-san a organisé et dirigé sept cours au Japon, à Tokyo et Kyoto. Bien que Masuda-san ait quitté le NRICPT en 2000, le cours continue d’être proposé et figure parmi les formations spécialisées les plus prestigieuses de l’ICCROM ! Dix éditions ont déjà été organisées et 121 participants ont eu la chance d’assister à cette formation unique au Japon. L’expérience positive du cours sur la conservation du papier japonais a également donné naissance au second programme de cours de l’ICCROM au Japon : le cours sur la conservation des objets en urushi.
Au-delà des connaissances purement techniques, le programme de formation sur la conservation du papier japonais (JPC) permet de mieux appréhender la réalité japonaise en tenant compte des composantes culturelles, démarche indispensable pour comprendre la technologie et le processus de fabrication des peintures japonaises et orientales. En instaurant ce cours, Katsuhiko Masuda aura non seulement favorisé les échanges d’expériences entre professionnels orientaux et occidentaux, mais aussi une meilleure compréhension des deux cultures.
Les étudiants de Masuda-san à la Showa Women’s University de Tokyo ont le privilège de bénéficier des connaissances de cet éminent professeur qui, parallèlement à l’enseignement, s’est consacré tout au long de sa carrière à la recherche sur la fabrication traditionnelle du papier, l’histoire du papier et sur les nouvelles techniques de conservation comme la « micro enduction de colle ». On notera aussi ses travaux sur les techniques anciennes de fabrication du papier au Japon (période Nara, VIIe et VIIIe siècles) et sur les techniques anciennes de décoration sur papier (XIe et XIIe siècles).
En tant qu’ancienne étudiante puis collègue de Masuda-san, je me félicite de sa nomination au Prix ICCROM 2007 ! Celles et ceux qui le connaissent personnellement et qui ont eu la chance de travailler avec lui ou d’assister à l’un de ses cours seront d'accord avec moi : il est tout désigné pour recevoir cette prestigieuse distinction.
Gabriela Krist
Membre du Conseil de l'ICCROM octobre 2007
mise à jour :
13.11.2007 |