Initiative de Sharjah – Symposium régional sur la protection du patrimoine culturel en temps de crise Sharjah (Emirats arabes unis), juin 2012
13 juin. Les récents soulèvements sociaux et politiques qui ont agité de nombreux pays de la région arabe ont endommagé et menacé les ressources du patrimoine culturel. Aussi le tout nouveau Centre régional ATHAR pour la conservation établi par Sharjah et l’ICCROM a-t-il accueilli un symposium international sur La protection du patrimoine culturel en temps de crise, le premier de son genre dans la région.
L’objectif était de développer un cadre régional arabe pour guider les politiques nationales relatives à la protection patrimoniale en termes de planification de mesures d’urgence, d’infrastructure, de législation, et de sensibilisation du public.
Durant les trois journées de discussions intenses tenues à Sharjah, du 22 au 24 mai 2012, les spécialistes participant au symposium, qui représentaient 12 pays arabes, et les organisations internationales et autres experts du domaine participant, ont abordé les points-clés suivants :
Types de biens du patrimoine culturel les plus vulnérables, menacés ou endommagés ;
Failles des systèmes actuels de protection du patrimoine, dont la législation, les archives inadaptées, le manque de main d’œuvre, la préparation à l’urgence, et la protection physique ;
Rôles à jouer par les organisations gouvernementales et non-gouvernementales pour minimiser les dégâts sur le patrimoine culturel ;
Opportunités que le patrimoine culturel et sa protection peuvent représenter en termes de récupération et de réconciliation.
A. Actions
Les participants ont exprimé leur gratitude concernant cette initiative à la fois importante et opportune, conduite sous le patronage de Son Altesse le Gouverneur de Sharjah, le Sheikh Sultan bin Muhammad Al-Qasimi, et ont convenu que le Centre de conservation régional ATHAR mis en place par Sharjah et l’ICCROM conduirait les actions suivantes :
Examiner les lois nationales existantes et aider à développer des législations modèles concernant la conservation du patrimoine culturel dans la région, en incluant surtout des dispositions relatives à la planification des mesures d’urgence ;
Développer des principes directeurs pour la région arabe, en lien avec les conventions internationales pertinentes, en particulier lorsque les pays n’en sont pas encore forcément signataires ;
Apporter recommandations et conseil sur la mise en place d’inventaires obligatoires fondés sur un SIG pour l’ensemble des biens culturels, à l’échelle nationale ;
Conduire des cours et des modules de formation sur la préparation aux risques, l’évaluation des risques, et la planification des mesures d’urgence, en vue de fournir les moyens de protéger le patrimoine culturel en temps de crise ;
Publier les actes du symposium et tout autre matériel pertinent et les diffuser parmi les gouvernements et autres organisations culturelles dans tous les états membres.
B.L’Initiative de Sharjah (Conclusions brèves)
Les participants à la réunion ont proposé les principes globaux suivants comme faisant partie d’un cadre exhaustif pour les États arabes, relatif au patrimoine culturel en temps de crise* :
Exiger des gouvernements et des parties prenantes du conflit qu’ils respectent et observent la Convention de La Haye et son protocole ainsi que les autres conventions internationales et déclarations régionales pertinentes durant ces périodes de transition.**
Encourager et amplifier les efforts déployés pour documenter et développer les inventaires de l’ensemble des biens culturels, idéalement à travers l’utilisation du SIG, en commençant au niveau local et à celui des districts. Ces inventaires doivent être compatibles entre eux, afin qu’il soit possible par la suite de développer une base de données régionale comprenant à la fois le patrimoine mobilier et le patrimoine immobilier.
Examiner et documenter au niveau local l’impact du conflit et de la transition politique sur le patrimoine culturel de la région. Dans la mesure du possible, ces études doivent être partagées à l’échelle nationale et régionale afin de développer un inventaire exhaustif des biens patrimoniaux endommagés et perdus.
Entreprendre une évaluation détaillée du conflit et des risques, avec pour objectif d’établir les impacts potentiels directs et indirects d’une crise sur le patrimoine culturel. L’évaluation doit prendre en compte les trois domaines interdépendants que constituent les besoins croissants en conservation et en protection, les capacités limitées en termes de réponse, et les changements du contexte institutionnel opérationnel.
Développer la réduction du risque au niveau local et national, la préparation au risque, et les plans d’intervention d’urgence, en commençant avec les biens du patrimoine culturel de grande valeur soumis à un grand risque.
Piloter les initiatives de réponse et de récupération, et les contrôler minutieusement en vue d’en tirer des leçons pouvant être utilisées pour intensifier les interventions.
Renforcer les compétences des professionnels, et si nécessaire des représentants des communautés locales, pour évaluer, se préparer à, et intervenir après une crise à tous les niveaux, en adoptant une approche multidisciplinaire. En plus de la gestion patrimoniale, des compétences sont requises dans les domaines de l’analyse de conflit, de l’évaluation du risque, de l’analyse de l’impact, et de la planification et de la gestion de la récupération.
Garantir la participation efficace des communautés et des décideurs locaux, ainsi que celle des autres acteurs humanitaires et liés au développement, concernant la protection du patrimoine culturel en temps de crise, et l’élaboration de plans d’intervention d’urgence.
Etablir des cadres institutionnels nationaux pour une réponse efficace face à la crise, en partenariat avec les agences régionales et internationales pertinentes.
*Pour les besoins de cette initiative, la définition du patrimoine culturel est conforme à celle formulée par la Convention de La Haye.