



| Nécrologie
Cynthia Rockwell (1936 - 2013)
3 mai. Cynthia Ide Rockwell, Responsable de la communication et des publications à l’ICCROM de 1980 à 1997, s’est éteinte dimanche 28 avril, à l’âge de 76 ans.
L’ICCROM a eu le privilège de travailler avec elle pendant plus de quarante ans. Entrée à l’ICCROM en 1974, alors que la jeune organisation commence tout juste à prendre forme, Mme Rockwell entreprend une série d’initiatives, qui aboutissent à la mise en place et à la définition de l’identité des activités de publication de l’ICCROM.
Cynthia Rockwell était également une des traducteurs qui se sont attelés à la traduction du texte monumental de Cesare Brandi, Teoria del restauro ; sa traduction de l’ouvrage en langue anglaise, Theory of Restoration, publiée par Nardini Editore en 2005, représente l’une de ses réalisations majeures, et constitue une contribution considérable au monde de la conservation.
C’est son amour profond pour les mots et la langue anglaise qui l’a guidée. Elle avait un sens inné des subtilités de la communication écrite, et une conscience aigüe de la nécessité d’accorder une attention systématique au moindre détail. Elle possédait en outre la qualité essentielle pour être un brillant éditeur : celle d’aider les auteurs à formuler de manière plus claire et concise ce qu’ils essayaient d’exprimer.
Ce talent naturel a fait d’elle un atout précieux pour une organisation multiculturelle, alors qu’elle travaille avec patience et douceur avec des collègues du monde entier pour affiner l’expression écrite d’un auteur, tout en parvenant à respecter sa spécificité culturelle et son ton original. Cette aptitude et ses connaissances étaient grandement appréciées par ses collègues, à la fois au sein de l’ICCROM et à l’extérieur de l’organisation. D’innombrables doutes de dernière minute, relatifs à la formulation d’une annonce de cours ou d’un article, étaient résolus par la simple phrase « Cynthia l’a déjà vu ».
En tant que Responsable des publications, elle a travaillé avec un soin minutieux à la production de cinquante-cinq titres imprimés, consacrés à une large variété de thèmes relatifs à la conservation, dont certains étaient le fruit de ses propres traductions. Sous sa direction, les publications de l’ICCROM sont devenues une référence en termes de qualité et d’exigence, à la fois pour les concepts de conservation traités et pour les valeurs de production utilisées dans leur mise en œuvre, servant d’exemple pour la production de publications techniques à bas coût. Elle a également joué un rôle essentiel dans l’unification, le développement, et l’informatisation d’une série de bases de données (le répertoire des formations, la base de données des institutions, le répertoire des participants aux cours, ou encore la liste de diffusion de l’ICCROM), qui continuent d’être fondamentales pour les activités de l’ICCROM, qui les utilise encore aujourd’hui.
Son lien avec l’ICCROM remonte à l’année 1974, lorsqu’elle travaille sur le Repertoire international des institutions donnant une formation pour la conservation des bien culturels. Elle collabore, avec Gaël de Guichen et Susan Inman, sur les Cartes techniques SPC (principes scientifiques en conservation) portant sur des sujets tels que le contrôle climatique, la sécurité, l’éclairage dans les musées, la biologie ou encore le papier. Après avoir assisté, en tant que participante, au cours sur la conservation préventive dans les musées (SEC 1976), Mme Rockwell collabore à la production des deux premières actes de colloque sur les mosaïques, consacrées respectivement à la détérioration et la conservation (Rome, 1977) et à la sauvegarde (Carthage 1978 et Périgueux 1980). Cette série deviendra par la suite celle des actes de colloques de l'ICCM (Comité international pour la conservation des mosaïques), qui compte à ce jour onze parutions.
En 1980, Cynthia Rockwell devient membre permanent du personnel de l’ICCROM, où elle est responsable des publications et de la documentation spéciale, assistée de Mónica García Robles (à gauche, sur la photo). Leur petite équipe produit des livres et des actes de colloque dans de multiples langues, ainsi que la Chronique annuelle de l’ICCROM en anglais et en français (publiée également en espagnol durant plusieurs années, en collaboration avec le PNUD Pérou), dix-neuf numéros de l’ICCROM Stop Press, et de nombreux dépliants, brochures, et autres supports promotionnels.
En plus de coordonner continuellement les bases de données et de lancer des sondages visant à obtenir davantage d’informations sur les États membres, Mme Rockwell représente l’ICCROM aux réunions annuelles des rédacteurs des publications des Nations Unies, et siège au Comité sur les normes et sur la formation du Conseil de l’ICCROM. Dans le cadre de son mandat au sein de ce comité, elle effectue de nombreux voyages pour visiter et évaluer des écoles de restauration dans les années 1980 et 1990.
Cynthia Rockwell fait également partie de l’équipe d’instructeurs pour le cours sur les principes scientifiques en conservation, tenu à Rome, et pour le cours sur la conservation des archives en Amérique latine, tenu au Chili à la fin des années 1990. Ses conférences traitant de thèmes tels que la rédaction d’articles scientifiques et la mise en place de bulletins d’information étaient appréciées par les auteurs les plus expérimentés présents : ils faisaient volontiers l’impasse sur la pause café pour lui poser une dernière question, dans la mesure où sa vaste expérience internationale dans ce domaine était incomparable.
Après son départ à la retraite en 1997, elle a participé aux publications de l’ICCROM en tant que consultante jusqu’en 2000 ; par la suite, elle a souvent apporté ses compétences en la matière. Ainsi, la publication intitulée Conserving Textiles: Studies in Honour of Ágnes Timár-Balázsy, (ICCROM Conservation Studies Series 09, 2009) a pu bénéficier de ses talents d’éditeurs. En 2012, elle coédite l’ouvrage Protecting Cultural Heritage in Times of Conflict, qui rassemble les contributions des participants au Cours international sur l’aide d’urgence au patrimoine culturel en temps de conflit ; il s’agira là de sa dernière collaboration avec l’ICCROM.
Née à Los Angeles, en Californie (États-Unis) le 1er août 1936, Cynthia Ide grandit ensuite au Texas, en Virginie, et dans le Connecticut. C’est à la Putney School, dans le Vermont, qu’elle rencontre son futur mari, Peter Rockwell, qui deviendra un sculpteur de renom et un historien et spécialiste de la sculpture sur pierre. Après avoir obtenu sa licence en développement de l’enfant auprès de l’Université de Cornell, elle vient s’installer à Rome en 1962 avec Peter, où ils résideront pendant plus de cinquante ans.
Cynthia Rockwell laisse derrière elle son mari, quatre enfants, et plusieurs petits-enfants. Son style rédactionnel simple mais élégant, ses manières posées et sa force de caractère, son sens pratique et la douceur de son humour, ont charmé les nombreuses personnes qui l’ont connue au fil des ans. Ceux qui ont eu la chance d’être invités sur sa terrasse surplombant la pinède du Gianicolo ont pu la connaitre sous le jour d’une hôtesse aimable et généreuse, d’une amie fidèle et toujours prête à aider. Sa brève contribution « Rétrospectives des publications de l’ICCROM » (Chronique de l’ICCROM nº35, octobre 2009, p.12) est représentative de son esprit et de sa personnalité.
Chère Cinzia, nous t’aimons infiniment, et tu vas terriblement nous manquer.
Paul Arenson
Mónica García Robles
Katriina Similä
mise à jour :
09.05.2013 |