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Cours ICCROM-CCI sur la conservation préventive : réduire les risques pour les collections
Partenaires
- IIC (Institut canadien de conservation)
- ICCROM (Centre international d’études pour la conservation et la restauration des biens culturels)
En collaboration avec :
- ICN (Institut néerlandais pour le patrimoine culturel)
- MCN (Musée canadien de la nature)
Durée : 2 semaines (du 16 au 27 octobre 2006)
Lieu : Ottawa, Canada
Participants
Vingt participants venus de treize pays différents : Allemagne, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Etats-Unis, Finlande, France, Mexique, Pologne, Roumanie, Royaume-Uni et Viêt Nam. Ils représentaient un large éventail de professions du patrimoine et de la conservation, liées principalement aux collections de musées, galeries, bibliothèques et archives.
Objectif
L’objectif du cours était d’étudier et d’appliquer l’approche de la gestion des risques à la gestion des biens culturels. La gestion des risques peut être entendue non seulement comme la gestion de catastrophes rares, mais aussi comme celle des risques lents et continus, et de tout ce qui se trouve entre les deux. Etroitement associée à la notion de risque est la notion de ‘perte de valeur’, elle-même dépendante de la notion de ‘valeur’ des collections. Ainsi, parce qu’elle s’appuie sur cette notion de valeur, la gestion des risques permet à l’institution d’intégrer dans une même approche conservation et utilisation des biens culturels. Elle offre un outil fiable pour établir des priorités et concevoir des stratégies. Le cours s’est concentré sur les principes de la gestion des risques dans le domaine des biens culturels et a passé en revue les interprétations et les applications actuelles. Il a également examiné les meilleures études scientifiques disponibles en vue de mieux quantifier les risques. Les participants en équipe ont mis en pratique les étapes systématiques de la gestion des risques, depuis l’évaluation des risques d’une vraie collection de musée évaluation jusqu’à la formulation des mesures pour les réduire.
A la fin du cours, il était attendu des participants qu’ils soient capables de considérer la conservation préventive du point de vue de la gestion des risques. Dans un contexte donné, ils devraient être en mesure d’utiliser de manière adéquate la terminologie, et d’identifier, estimer et classer les risques spécifiques au contexte en question. Les participants devraient également avoir amélioré leurs aptitudes à communiquer efficacement les risques, et à développer et évaluer des options pour traiter ces risques. Dans la mesure où la gestion des risques dans le domaine de la conservation du patrimoine, et dans d’autres domaines, est dans une phase de développement, les participants au cours devaient proposer des projets pour son application et son évolution dans leurs contextes respectifs.
Activités du cours
Le cours comprenait des sessions interactives et participatives, à la fois théoriques et pratiques, incluant des présentations illustrées, des travaux pratiques individuels et en groupes, des séminaires, des discussions, des études de cas et des visites d’étude. La structure et la terminologie du cours s’inspiraient du processus de gestion des risques présenté dans la Norme d’Australie et de Nouvelle-Zélande pour la gestion des risques, document le plus largement accepté au niveau international, et base de la prochaine norme ISO sur la gestion des risques.
Unité 1 – Etablir le contexte
A la suite d’une session introductive qui incluait une présentation de l’ICCROM, la première unité du cours a présenté les concepts de risque, de gestion des risques dans d’autres domaines, de gestion des risques au sein des politiques nationales et des missions institutionnelles, et des organigrammes des institutions. Des sessions interactives visaient à l’établir des chaines de causes et effets « expliquant » les risques pour les collections, et à cartographier l’univers des risques depuis les manifestations rares et sporadiques jusqu’aux processus de dégradation lents et continus.
L’Unité 1 incluait également une mini-conférence sur le thème « Sélection et communication des priorités de conservation », où participants au cours et personnes-ressources ont présenté et discuté de sujets portant sur des priorités conflictuelles, les collections éparses, les choix entre diverses options, la conservation préventive, les études de cas de gestion des risques, les leçons de communication, dans leurs contextes professionnels et institutionnels. Cette unité s’est achevée avec la présentation du contexte et la définition des objectifs de gestion des risques concernant l’étude de cas sur laquelle les participants ont travaillé durant toute la durée du cours : le Bytown Museum, dans le centre-ville d’Ottawa. Cette session incluait l’étude d’une documentation détaillée sur la politique du musée, son administration, les infrastructures et les collections, aimablement fournie par la direction du musée.
Unité 2 – Identifier les risques
Cette unité visait à présenter et fournir aux participants des outils pratiques permettant d’identifier les risques pour les collections de manière exhaustive. Ces outils comprenaient entre autres des listes (listes de vérification, grilles), des concepts (tels que les niveaux de protection, les ensembles gigognes, les agents de détérioration, les étapes de contrôle des risques etc.), et d’autres outils hybrides utilisant les listes structurées, comme les enquêtes structurées basées sur les informations visibles (caractéristiques d’un site selon les différents niveaux de protection) et invisibles (comme les documents et les interviews). Les participants ont ensuite eu l’opportunité de conduire l’identification des risques in situ au Bytown Museum en utilisant ces mêmes outils. Au cours de cette session pratique, les participants ont travaillé individuellement pour inspecter le musée afin d’identifier les risques spécifiques à ses collections. Ils ont également eu l’opportunité d’interroger le conservateur du musée sur différents thèmes relatifs à l’identification des risques. Lorsque cette visite de site et l’étude ont été terminées, les participants ont été répartis en trois groupes, chacun des groupes ayant pour tâche de présenter six risques spécifiques identifiés durant l’inspection.
Unité 3 – Analyser les risques
Cette unité a démarré par l’introduction d’un élément important pour une analyse réussie des risques : la rédaction de scénarios de risques significatifs et sans ambiguïté. Ces scénarios décrivent la chaîne depuis la cause/la source jusqu’à la conséquence/la perte de valeur associée à un risque spécifique qui a été identifié pour une collection donnée. Ils incluent des informations sur le contrôle des risques et sur les éléments en place. Des données quantitatives aussi précises que possible sont présentées dans ces scénarios pour permettre l’estimation du taux/de la probabilité d’événements/de processus de détérioration, ainsi que l’étendue de la perte pour les collections que causeront ces processus ou événements sur une période donnée. Tout au long de l’Unité 3, les trois groupes ont développé et affiné des scénarios pour les risques spécifiques qu’ils avaient identifiés concernant les collections du Bytown Museum.
Afin d’illustrer et de mettre en pratique l’utilisation des informations quantitatives dans la rédaction de scénarios de risques, et pour discuter aussi des opportunités et défis actuels liés à l’acquisition de ce type d’information, une série de présentations illustrées, de discussions, d’exercices de groupe, et de jeux de rôle ont été conduits sur les thèmes suivants :
- Science des matériaux et vulnérabilité à une H.R. incorrecte, à la lumière et aux polluants ;
- valeurs du patrimoine culturel et conservation;
- perte de valeur ;
- données statistiques et historiques concernant les risques ;
- déductions à partir des preuves de dommages.
Unité 4 – Evaluer les risques
L’unité a débuté par la présentation des différents types d’échelles utilisées pour calculer la magnitude des risques dans d’autres domaines comme l’environnement, la santé, la sécurité etc. Les deux échelles existantes pour calculer la magnitude des risques dans le domaine du patrimoine culturel, les échelles ABC (Michalski, 2006) et les échelles de rapport (Waller, CPRAM, 2003) ont ensuite été présentées et mises en pratique. A la suite d’une session durant laquelle la question de l’incertitude dans le calcul des risques a été illustrée et discutée, les participants se sont regroupés pour calculer la magnitude des risques qu’ils avaient identifiés au Bytown Museum en utilisant les deux échelles. Il a été demandé à chaque groupe de sélectionner deux de ses six scénarios de risques pour le musée, et de leur appliquer les échelles afin de calculer la magnitude des risques associés à chaque scénario. A la fin de la session, les résultats obtenus par les trois groupes ont été rassemblés et discutés.
Unité 5 – Traiter les risques
Cette unité était consacrée à l’adoption de mesures pour traiter les risques encourus par les collections et comprenait l’analyse critique de ces options en termes de coûts, de bénéfices, et de risques associés. Les participants ont poursuivi le travail de groupe pour définir des mesures efficaces afin de traiter les risques qu’ils avaient identifiés et quantifiés pour les collections du Bytown Museum. Une visite des nouvelles réserves du Musée canadien de la nature a été organisée avec pour objectif de montrer un exemple de gestion des risques appliquée aux collections d’un musée en situation réelle, et sur une grande échelle. Les participants y ont pu découvrir tous les mécanismes et éléments conçus et mis en place spécifiquement pour traiter des risques précédemment identifiés. Les collègues du musée ont présenté les motivations pour lesquelles une approche de gestion des risques a été adoptée, ses implications managerielles et pratiques, et ses bénéfices et limites. Une discussion avec les participants est venue compléter cette présentation.
Unité 6 – Communiquer
Durant la dernière session du cours, les participants ont tiré profit de l’expérience acquise tout au long du cours pour compiler, éditer et partager les résultats de l’étude de cas du Bytown Museum avec la direction du musée. Les résultats de l’évaluation des risques conduite pour les collections du musée, ainsi que les options proposées pour traiter ces risques, ont été officiellement présentées et discutées avec le « client » pour simuler une situation réelle. La session finale de clôture visant à réfléchir et à planifier l’avenir s’est a recueilli les évaluations des participants concernant l’ensemble du cours, ainsi que leurs idées sur le mode d’utilisation de l’approche de gestion des risques dans le cadre de leurs réalités professionnelles respectives.
Principaux aboutissements
- Renforcement des compétences professionnelles : vingt professionnels de treize pays différents ont approfondi leurs connaissances et compétences relatives à l’application de la gestion des risques pour la préservation des collections ;
- Réseautage : la communauté internationale de la pratique de la réduction des risques pour les collections a été renforcée à travers l’inclusion de ces vingt professionnels ayant participé au cours. Internet est actuellement utilisé pour faciliter ce réseau, grâce au RCIP, le Réseau canadien d’information sur le patrimoine (pour les membres seulement). Le cours a également fourni un lieu utile pour le réseautage professionnel dans les domaines liés au patrimoine culturel, au-delà de la gestion des risques (par exemple avec le personnel de l’ICC et du MCN) ;
- Résultats de l’évaluation finale :es évaluations des participants montrent un niveau de satisfaction très élevé par rapport à la coordination du cours, aux thèmes, aux matériaux, aux conférences et aux visites d’étude ;
- Impact :du matériel pédagogique et d’autres ressources sur des questions de gestion des risques ont été produits et sont disponibles ; il est attendu des participants qu’ils diffusent les résultats et les applications du cours à travers des articles, des présentations, des rapports et des séminaires faisant écho au cours, destinés à leurs collègues ainsi qu’à d’autres institutions et départements, dans leurs pays respectifs.
mise à jour :
23.11.2007 |